Présentation de mon travail et de ma démarche

Sources d’inspiration
Je puise mon inspiration dans le minéral et le végétal. Je suis très sensible à l’infiniment petit : les micro-organismes, les cellules….mais aussi à l’émergence de la vie et aux cocons. Interpellée par le monde des commencements, je crée des petits mondes poétiques ou des formes plus organiques.
Je suis également nourrie du travail des artistes que j’admire comme Simone Pheulpin pour son travail précis et patient de pliures de cotons, Wayne Fischer pour le dérangement que suscitent en moi ses pièces organiques, Yoshimi Futamura pour le côté brut de son travail, pourtant si précis.

Matières
Mes créations sont en grès et fil de coton (au crochet).
Je travaille le grès chamotté, ce qui me permet de mêler des textures, des touchers différents sur une même création : le lisse, le poli, le rugueux, le brut….
Ces différentes sensations guident mon processus de création et donnent de la sensorialité à mes pièces.
Le crochet est une technique extraordinaire dans ses possibilités d’agencement du fil en deux dimensions (dentelle plate) et en trois dimensions (volume).
Je suis sensible aux microsensations du fil au bout des doigts et je prends plaisir à manipuler le fil mou et très fin.
A la suite d’une résidence de création avec Anne Bruyère, artiste papier, j’explore également le fil de chanvre et le papier de chanvre sur mes créations. Comme avec le crochet, le papier permet des créations à plat ou en volume, et je suis en recherche de textures différentes.

Du creux au plein
Au rapport instinctif à la matière s’ajoute une recherche esthétique, des choix réfléchis de composition entre les motifs de petits grains, billes, marques, trous et ajouts d’éléments crochetés.
Mon travail a démarré par des formes creuses où une dentelle intervient pour refermer de façon partielle la pièce. Ces dentelles plates couvrent un contenant pour qu’il ne contienne rien que le vide. Comme un voile au travers duquel se devine l’intérieur de la pièce, l’assemblage provoque le désir d’aller voir ce qui se cache, ce qui se distingue.
J’y ai parfois cousu des petits cocons remplis de kapok, cette matière si douce au toucher.
Petit à petit, des volumes pleins sont revenus, sur lesquels se dessinent des petites formes sculpturales en fil de coton : tiges, cupules, corolles, cellules empruntées à différents univers végétaux et organiques qui forment un vocabulaire formel tantôt léger, tantôt sensuel ou humoristique.
Au cours de mes promenades, j’ai été touchée par les petites plantes sauvages appelées « nombrils de Vénus » (Umbilicus rupestris) poussant sur les murs et fissures de rochers. J’ai une attirance pour le vert chlorophylle, comme des taches de vie se développant sur des volumes noirs rappelant le basalte, l’aridité volcanique. Ces créations sont le symbole de la vie qui renaît après la mort.
J’explore également les petits jardins merveilleux avec des coraux en coton crochetés sur des pièces en grès écru.
Ce grès clair, doux, granuleux, souvent voluptueux me permet de créer des pièces plus romantiques ou parfois très contemporaines, proches de l’abstraction.

Partager un monde sensible
Le fil et l’argile se répondent, les matières se complètent pour évoquer le monde sensible qui est en moi et le faire partager aux autres. J’invite le regardeur à un voyage par les sens.
La vue : chaque terre renvoie la lumière de façon uniforme ou diffractée selon la couleur de la terre et le traitement des surfaces. Certains éléments textiles viennent illuminer l’ensemble d’une couleur vive et contrastée.
Le toucher : variations de textures des peaux des pièces, de modelés, de volumes au bout des doigts, au creux des paumes.
L’ouïe : variation des sons selon les différentes textures de peau et volumes créant de subtils jeux de résonances.

Catherine Olivo
le 8 décembre 2019
Un grand merci à l’artiste Mijo pour son aide dans la rédaction de ce texte,
car c’est si difficile pour moi de parler de mon travail …